Test : les Vixen SG 2,1×42

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Dans le paysage des jumelles, les Vixen 2,1×42 sont véritablement un OVNI. Je viens enfin d’avoir la chance de les essayer grâce à Nicolas Jongis. Nous sommes sous le ciel du Pic du Midi par une magnifique nuit de nouvelle Lune en cette fin octobre. La stabilité est excellente de même que la transparence. C’est du grand Pic comme on dit ici ! En plus, les températures restent positives alors que nous sommes à près de 3000 m. Bref, des conditions de tests idéales ! Et aussi une bonne récréation entre deux observation d’Uranus avec le télescope de 1m de l’observatoire. (C’est histoire de faire avancer la science et de savoir quel temps il fait là bas, … si, si, c’est vraiment ce que je fais là tout de suite avec François Colas).

mgv0a39vLa Voie Lactée dans le ciel du Pic du Midi. Crédit : JL Dauvergne.

 

  • Changer de façon de raisonner

Il faut déjà souligner qu’il ne s’agit pas de jumelles à prismes, mais de deux lunettes de Galilée très compactes.
Elles s’adressent clairement aux astronomes amateurs, et permettent d’avoir une sorte de vision bionique. Certains diront une vision de hibou avec de gros yeux, comme en couverture de notre livre. Le grossissement faible donne presque la sensation de voir à l’œil nu. La différence, c’est que le moindre recoin du ciel devient bien plus riche en étoiles.

Cette combinaison permet d’avoir un champ d’autant plus important que l’œil s’approche de l’oculaire. C’est pour cette raison qu’il faut du diamètre. Avec un diamètre plus petit, le champ serait plus limité. Il ne faut donc pas raisonner de la même façon qu’avec une paire de jumelles classique. Autrement dit, ne cherchez pas le rapport optimal entre le grossissement et le diamètre pour avoir une pupille de sortie de l’ordre de 6 mm. La notion n’a pas trop de sens dans cette combinaison optique.

Étant donné les caractéristiques de ces jumelles, ça n’a pas beaucoup de sens de les passer sur banc optique car nous n’avons pas vraiment de point de comparaison. Les notes données aux jumelles classiques dans notre livre et sur ce site, tiennent compte des performances constatées sur l’ensemble de celles que nous avons testées.

  • Les Hyades et les Pléiades dans le même champ !

Le champ de vision est confortable et fait environ 15°. C’est à dire qu’il est possible de voir les Hyades et les Pléiades en même temps (deux beaux amas d’étoiles visibles à l’œil nu). Le champ est plus large encore autour, mais la courbure de champ le rend trop flou pour considérer qu’il soit vraiment exploitable. En revanche, au centre les étoiles sont très piquées, et c’est si stable ! A 2,1x de grossissement, on ne tremble pas du tout, c’est vraiment très agréable.
Les Pléiades sont magnifiques, assez petites comme à l’œil nu, mais avec des dizaines d’étoiles alors que sans jumelles on n’en voit que 7.

Au loin, la chaine des Pyrénées saupoudrée de neige se montre comme si elle était éclairée par un croissant de Lune, c’est très étonnant. Elle ne reçoit que la lumière des étoiles.
Mais le plus beau spectacle reste clairement la Voie Lactée. Le ruban cotonneux se met à fourmiller d’étoiles. Les nuages sombres deviennent bien plus contrastés. North America est visible, de même qu’une partie des Dentelles du Cygnes. Si vous n’observez pas le ciel, ces objets ne vous disent rien. En fait, ces nuages de gaz intergalactique sont réputés peu lumineux et surtout peu contrastés. En revanche, ils ont une taille apparente plus grande que celle de la Pleine Lune !

 

  • Ça donne des idées et des envies !

Le test est vraiment convaincant, l’idée nous est venu qu’il serait très intéressant d’observer une aurore boréale avec ces jumelles pour mieux voir les couleurs encore.

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Aurore Boréale au Kirkjufel en Islande. Crédit : JL Dauvergne

Et que dire de la vision que l’on doit avoir du ciel de l’hémisphère sud : le bulbe de notre galaxie, les nuages de Magellan, et tant de merveilles. Là aussi si vous ne vous intéressez pas au ciel, je précise que la vie est injuste, le ciel de l’hémisphère sud est bien plus riche que celui visible depuis l’Europe. Autre rêve : si on pouvait remonter le temps la vision de la comète Hyakutake de 1996 ou de Hale-Bopp en 1997 devait être extraordinaires dans de telles jumelles. Il faut attendre la prochaine. Dans l’hémisphère nord, la précédente grande comète était en 1976. Pour se rassurer on peut se dire qu’il y en a une belle tous les 20 ans, la prochaine ne devrait plus tarder. On espère ! Ces astres vagabonds peuvent déployer une traine de gaz aussi grande que la constellation de la Grande Ourse, voire plus !

  • En conclusion

S’il fallait trouver un défaut : on aimerait que la courbure de champ soit mieux corrigée. Elle est quand même un peu gênante, même si on s’habitue à bouger la tête plutôt qu’à déplacer les yeux dans le champ. Et l’autre bémol est le prix : environ 300€. Ce n’est pas choquant du tout par rapport à la qualité du produit, sa finition en métal est excellente. Mais il est claire que le champ d’application est très restreint, c’est surtout l’astronomie sous un ciel noir.

Si vous n’avez jamais accès à un ciel de qualité, passez votre chemin. En revanche, si vous allez chercher une belle Voie Lactée en montagne de temps en temps, ou mieux encore, si vous avez l’occasion de voyager dans des contrés sombre de l’hémisphère sud, là il n’y pas à hésiter !

Cette recommandation est faite d’autant plus volontiers que ce produit est sans concurrence.

Ce test confirme aussi le test de Matthew Hodgson du Blog Alpha Lyrae. J’avais recueilli ses propos il y a quelques mois pour le magazine Ciel et Espace :

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JL Dauvergne, le 30 octobre 2016.

5 Comments on “Test : les Vixen SG 2,1×42

  1. Astroshop commercialise désormais une copie de ces jumelles 2.1×42 sous sa marque Omegon pour 100€ de moins. Une idée de la qualité ?

    1. Je viens d’acheter les Omégons d’occasion et j’ai pu tâter les VIxen au festival de Montiers en Der: ces deux modèles sortent à l’évidence de la même usine; les Omégons sont de très bonne qualité au niveau des Vixen; donc pourquoi payer 300 euros? Reste à les tester sur un ciel bien noir peu fréquent dans les Vosges…

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